Lecture intéressante sur l'insécurité linguistique au Québec

published4 months ago
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En bref: Un petit bouquin traitant de l’insécurité linguistique, la représentation québécoise et acadienne dans la localisation des jeux vidéo indépendants, un bon article sur les néopronoms utilisés par les individus non binaires en anglais, et plus.

Description de l'image: prise au mois de juin 2021, la photo montre un coucher de soleil rose-mauve après un orage, avec une montagne, des forets et un lac dans l'arrière-plan, et des lys jaunes au premier plan.
Un joli paysage pour se rincer l'esprit! Description de l'image: prise au mois de juin 2021, la photo montre un coucher de soleil rose-mauve après un orage, avec une montagne, des forets et un lac dans l'arrière-plan, et des lys jaunes au premier plan.

Bon vendredi ,

Vive l'été, et son rythme à la fois chaotique et serein! J'espère que vous vous portez bien depuis la dernière infolettre, et que vous vous gardez bien hydraté aussi.

⟶ Un peu de ménage avant de nous lancer: afin de faciliter la googledisponibilité du contenu de mon infolettre du décembre dernier, portant sur la rétroaction efficace sur toutes sortes de textes, j'ai republié le texte sur mon blogue!

Photo d'une étagère de ma petite bibliothèque à la maison, figurant le livre de Beaudoin-Bégin, La langue rapaillée.

Combattre l'insécurité linguistique des Québécois

L'insécurité linguistique étant au premier rang de mon esprit depuis quelques années, j'avais très hâte de lire le livre d’Anne-Marie Beaudoin-Béguin, La langue rapaillée, paru en 2015. Je connaissais déjà le travail de Beaudoin-Bégin via sa page Facebook très informatrice de linguiste désacralisante, L'insolente linguiste. (Elle a aussi une chaîne YouTube, mais on dirait qu'elle est en pause des réseaux sociaux dernièrement…) Le livre me tentait, et j'avais l'impression que j'allais l'aimer. J'ai eu raison!

Qu'est-ce que c'est que l'insécurité linguistique? Selon Wim Remysen de l'Université de Sherbrooke: «L’insécurité linguistique [c’est] le sentiment de dépréciation et d’incertitude qu’éprouvent certains locuteurs envers leurs usages linguistiques.» (Source) Cette insécurité est considérée comme étant particulièrement néfaste pour les jeunes dans leur acheminement scolaire.

Composé d’essais de différentes longueurs (tendant vers le court) dont les arguments se suivent logiquement, le livre de Beaudoin-Béguin se prête bien à de brèves lectures ponctuées par d'autres tâches, pour laisser toutes les informations reçues mijoter un peu. Ceux-ci essaient, et réussissent pour la plupart du temps très bien, de décortiquer les arguments contre la légitimité du français tel qu'il est parlé par toutes sortes de locutrices, locuteurs, et locuteurices à travers la province (le Québec étant la préoccupation du livre).

Je trouve que le livre se jumèle bien avec L'ortographe, un carcan? de Mario Périard, que j'ai lu au printemps. Les deux textes aident à démêler les raisons sociologiques, historiques, politiques, et même personnelles, derrière les forces structurelles cherchant à empêcher l'évolution et l'expérimentation dans la langue française. En bref (si je me permets de simplifier), il s'agit souvent d'une question d'insécurité profonde, que je caractériserais même de systémique, qui cause toutes sortes de complexes et une attitude défensive. Beaudoin-Bégin aborde en profondeur la question de la légitimité du registre familier, en passant par une explication de quelques termes linguistiques, notamment celui des normes prescriptives ou descriptives de la langue et du purisme linguistique. Ne craignez pas ce jargon de linguiste: le livre simplifie et donne de bons exemples pour illustrer chaque concept, et démontre comment ceux-ci influencent les conversations au sujet du «bon Français» et contribuent à l'insécurité ressentie d'un peuple envers sa propre langue.

Si l'insécurité linguistique vous préoccupe, ce livre est à découvrir!

Quelques autres liens intéressants

  • Quelques erreurs et anglicismes communs en parlant du jeu vidéo, sur le blogue du prof Simon Dor, que j'ai vu partagé sur Twitter dernièrement. Le monde du jeu vidéo, surtout en Amérique du Nord, est dominé par l'anglais. Mais, comme l'a reporté Le Monde en 2020, l'univers vidéoludique (surtout chez les studios indépendants) commence petit à petit à prendre note de son public québécois et acadien, donc chercher à éviter les erreurs communes du domaine se démontre à être pratico-pratique!
  • Elizabeth Yuko discute les derniers neopronouns qui apparaissent dans les cercles non binaires anglophones dans le numéro du mois de juillet de Rolling Stone. À noter que le « they » utilisé pour désigner une seule personne n'est pas considéré comme étant un neopronoun par un grand nombre d'expert∙e∙s du monde littéraire anglo puisque le « singular they» date de l'époque de Chaucer, vers 1375, selon le Oxford English Dictionary. Des exemples de neopronouns anglais présentés comprennent le ze/hir/zem, xe/xyr/xem, e/er/em, fae/faer/faem. La réaction face à ces néopronoms rappelle l’hostilité de la francophonie envers le pauvre (et franchement timide, en comparaison!) «iel». Florence Ashley, une des personnes interviewées par Yuko, affirme le suivant dans le reportage:
«People aren’t like, ‘Oh, let me pick a difficult pronoun just to mess with people. The reality is that nonbinary people bend over backwards to accommodate society — oftentimes, for instance, offering multiple sets of pronouns for people to use to accommodate them to their existence.»
Ma traduction: «Les gens ne se disent pas: "Oh, je vais choisir un pronom archi-compliqué pour rendre la vie difficile à toute le monde. En réalité, les personnes non binaires se fendent en quatre pour mieux accommoder la société—souvent, par exemple, en offrant une sélection variée de pronoms aux autres, pour que les gens se sentent plus confortables avec l'existence de ces individus non binaires.» Lire sur RollingStone.com.
  • Dépanneur Nocturne par GP Lackey du Studio KO_OP. Bon, j'avoue que ça n'a absolument rien à voir avec le monde langagier, mais ce petit jeu par la coopérative montréalaise me fait rêver un peu, et je veux encourager surtout celleux qui jouent rarement aux jeux vidéo à y jeter un petit coup d’œil. C'est une petite expérience vidéoludique qui célèbre le caractère liminal et parfois un peu mystérieux des visites aux dépanneurs très, très tard le soir!
  • Did Twitter break YA? (Misshelved #6), de l'infolettre TinyLetter de Nicole Brinkley. Voici une longue lecture, à la fois intrigante, sur la relation symbiotique (et parfois désastreuse) entre la communauté de lecteurices sur Twitter (connue sous le nom de «Book Twitter») et l'industrie littéraire jeunesse YA aux États-Unis et, j’imagine, aussi au Canada. Même si je ne suis pas 100% d'accord avec chaque point, le texte documente de façon définitive un phénomène que j’observe depuis longtemps, en ligne et hors ligne, que l'autrice appelle «morally motivated networked harassment», ou le cyberharcèlement en masse motivé par les valeurs courantes.

Voilà, c'est tout pour cette fois.

Portez-vous bien tout le monde, profitez bien d'un peu (beaucoup) de soleil, et à la prochaine!

Gersande

PS: Veuillez noter que certains des liens figurants dans cette infolettre sont des liens affiliés. Et un grand chaleureux merci à Patricia Mereniuk pour son appui dans la chasse aux coquilles et des phrases gargantuesques!


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