💌 Bienvenue au tout début de l'Irréductible Langagièr

published9 months ago
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En bref: un très grand merci; une réponse critique à l'étudiant de design genevois qui a remporté un prix pour son projet soi-disant inclusive des personnes nonbinaires; une revue du livre Joy at Work de Scott Sonensheim et Marie Kondo; et le mot nonbinaire du jour!

Bienvenue à tous,

J'ai tellement hâte de partager avec vous la toute première édition de mon infolettre. Je vous remercie très sincèrement pour votre encouragement et confiance, j'espère combler vos attentes!

Ce que j'imagine pour l'Irréductible Langagièr:

  1. Cette infolettre est axée sur les enjeux et centres d'intérêt liés à ma pratique professionnelle et des lettres au sens large, mais je pourrais jeter de temps en temps un coup d'œil sur d'autres sujets.
  2. Elle est engagée à souligner l'inclusion linguistique et littéraire des personnes nonbinaires, enjeu qui est pour moi d'une importance très personnelle.
  3. Toute réponse et rétroaction à mes infolettres est énormément appréciée, qu'elle soit envoyée sur les réseaux sociaux ou en répondant à ce courriel. 💌
  4. Et, surtout, j'espère fournir des perspectives utiles et claires directement dans votre boite courriel au moins une fois par mois.

Sans tarder, commençons!

Ma réaction à la première police typographique inclusive

Étudiant genevois de design Tristan Bartolini a remporté le Prix Art Humanité 2020 de la Croix Rouge pour sa création de plus de 40 nouveaux caractères typographiques conçus pour inclure un troisième genre grammatical. Bravo Tristan! Voici mes notes.

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Un graphique montrant les nouveaux caractères qui sont sensés représenter les personnes nonbinaires.
Source: tdg.ch​

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Bien que le projet souligne plutôt qu'obscurcit la présence des personnes nonbinaires (j'utilise ici nonbinaire comme parapluie pour inclure toute personne dont le genre ressort du binaire), cette proposition est problématique du point de vue lisibilité et accessibilité, résumé par: comment prononcer ces caractères? Les néopronoms existants tels qu'iel, ielle, yol, ol, et ille, entre autres, sont prononçables, même quant une personne les rencontre pour la première fois. Par contre, la « solution » de Bartolini créée de nouveaux problèmes.

Les enjeux linguistiques et culturels qui font obstacle aux personnes nonbinaires en français ne sont pas vraiment de nature typographique. Ils se révèlent plutôt dans la langue parlée. Des deux côtés de l'Atlantique, nous expérimentons avec de nombreuses graphies et formulations existantes et nouvelles depuis au moins une décennie. De mon avis, la question repose largement sur la création de nouvelles possibilités grammaticales et lexicales facilement prononçables et abordables, peu importe le niveau de facilité en français du locuteurice. Comment pouvons-nous organiquement créer un troisième genre grammatical qui pourrait être utilisé (lorsque désiré) par toute sorte de personnes nonbinaires?

J'ai remarqué de nombreuses personnes cisgenres (c'est-à-dire, non trans et non... nonbinaires 😅) admirer ce projet sur mon Linkedin ou Facebook. Je ne cherche aucunement à réduire l'accomplissement de Tristan Bartolini, mais j'espère quand même que personne ne prendra ce projet trop au sérieux comme réponse pratique à l'inclusion nonbinaire. Transformer la langue française pour créer de l'espace pour ceux, celles, et celleux qui sortent du binaire masculin-féminin est un travail complexe qui rencontre à chaque tournant de la résistance, parfois même violente. Je crains qu'une proposition imparfaite comme celle-ci soit utilisée avec de bonnes intentions, notamment dans le milieu universitaire et artistique, mais dont les conséquences retourneraient le petit progrès durement gagné par les communautés francophones nonbinaires.

Mes pensées sur Joy at Work par Marie Kondo et Scott Sonensheim

Ah, les livres self-help! Avec leur tendance à manquer de sensibilité politique et matérielle, écrits à partir d'informations rarement vérifiées, et reposant sur la science pop à un absurde degré, la très grande majorité des livres dans cette catégorie ne valent pas grand-chose. Mais, puisque le premier livre de Marie Kondo m'avait quand même marqué quand j'étais plus jeune, je voulais y jeter un coup d'œil.

Est-ce que le livre repose largement sur le même concept que tidying égale bonheur? Oui. Est-ce que le livre mérite d'être lu avec un beau grain de sel? Absolument. Est-ce que je l'ai trouvé utile? Au fait, oui! Je pense que si quelqu'un cherche à reprendre le dessus d'une situation de travail peu satisfaisante, le livre peut être utile pour celleux qui:

  1. ont le pouvoir et le privilège à effectuer des changements au travail (heureusement, le livre est assez conscient de ce fait);
  2. et qui tirent du réconfort à ordonner le désordre.

J'ai aimé le fait que le livre promeut la minimisation du multitasking, souligne le respect de ses propres limites, et donne quelques stratégies pour gérer une réactivité plus vivable vis-à-vis ses courriels. J'ai aussi beaucoup apprécié le chapitre Tidying Meetings sur comment tenir des réunions plus efficaces. Comme tout le monde, je redoute les réunions qui s'éternisent!

L'idée de trouver de la joie au travail au temps de la covid peut paraître bizarre ou même carrément fondée sur une notion de positivité toxique qui ignore la gravité de la situation actuelle. Le livre vaut mieux que son titre à cet égard. Avec plus d'un million d'emplois perdus à travers l'Amérique de nord, ce livre ne va pas être utile à tout le monde. Mais, si vous êtes un∙e pigiste qui cherche à retrouver un meilleur équilibre entre la vie et le travail, je pense que le livre mérite quand même le détour.

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Une photo du mot langagièr, que j'ai écrit dans un style calligraphique.
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Le mot nonbinaire du jour: Langagièr

Langagier (m) ou langagière (f) est un titre utilisé surtout au Québec pour décrire ceux et celles pour qui l'amour des lettres est au cœur de leur métier. Le terme est généralement utilisé par les traducteurs, interprètes, terminologues, rédactrices, et linguistes pour décrire leur profession. En utilisant une stratégie de féminisation qui combine les deux formes genrées du mot, je propose langagièr (avec un r silent) pour désigner un troisième genre grammatical qui peut être employé si désiré par les personnes nonbinaires, nonconformes dans le genre, agenre, queer dans le genre et Bispirituel∙le, entre autres.

Avant de vous laisser, quelques liens intéressants:

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Portez-vous bien, tout le monde, et prenez soin les un∙e∙s des autres jusqu'à notre prochaine rencontre,

Gersande


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